Jack-Henri Soumère : l’artisan de l’éclat, le couturier des scènes
Il est des parcours qui se tissent comme des étoffes rares. Des vies qui ne se contentent pas d’exister mais qui se brodent, patiemment, fil après fil, jusqu’à devenir des pièces uniques.
Jack-Henri Soumère appartient à cette famille-là : celle des artisans de lumière, de ces maîtres discrets qui donnent aux artistes un écrin où briller et au public un lieu où rêver.
L’enfance du geste
Son histoire commence dans le Sud-Ouest, entre lumière franche et horizons ouverts. À 16 ans, tandis que d’autres découvrent la musique, lui la fabrique déjà : un boy’s band, Les City Boys, puis une première agence qui attire très vite les artistes.
On reconnaît déjà sa signature : un instinct sûr, une élégance naturelle dans la manière de faire se rencontrer les talents et les publics.
Les tournées comme des défilés itinérants
Les tournées qu’il organise ensuite — Sud-Ouest, La Dépêche, la Régie des Tabacs — deviennent ses premiers ateliers. Les scènes se montent comme des podiums, avec précision, rythme et panache.
Lorsque Ricard lui confie sa grande tournée nationale, Soumère en fait, pendant trente ans, une haute couture du spectacle itinérant : une ligne estivale que des milliers de spectateurs suivent comme on suivrait une collection.
Paris, l’atelier des grandes voix
À 27 ans, il s’installe à Paris. Le décor change, mais le geste reste le même : délicat, sûr, déterminant.
Dalida, Charles Trénet, Julio Iglesias, Claude François, Francis Cabrel… Tous reconnaissent en lui cet allié rare, capable d’accompagner sans brusquer, de propulser sans dénaturer.
Il devient, pour beaucoup, un couturier de carrière : celui qui ajuste, sublime, met en lumière.
L’art d’habiller les lieux
Puis viennent les salles. Longjumeau, Fontainebleau, la Mutualité : il les aborde comme des matières à travailler, des espaces à sculpter. Il réinvente leur silhouette, adoucit leurs lignes, affine leur présence.
Et en 1992, un défi d’envergure : créer un opéra à Massy.
Il le façonne comme une pièce unique. L’édifice prend forme, la programmation s’étoffe, les collaborations se multiplient.
En quelques années, l’Opéra de Massy devient une maison reconnue, au rayonnement national et international, distinguée par l’État — une réalisation cousue avec précision et vision.
Mogador, la renaissance d’un classique
En 1999, il reprend le Théâtre Mogador.
Il ne se contente pas de le rénover : il le réinvente.
Comme un grand couturier restaurerait une robe mythique, il redonne au théâtre son éclat, son allure, sa modernité. À sa revente en 2005, Mogador est redevenu un emblème.
Le Théâtre Comédia suit, avec une Belle de Cadix rajeunie, rafraîchie, repensée — un clin d’œil élégant aux œuvres intemporelles.
La continuité, comme un fil d’or
Un accident de santé le fait ralentir, mais jamais abandonner.
Il poursuit dans un autre registre : la gestion de salles en délégation de service public.
Le Val d’Yerres Val de Seine en 2011, le Blanc-Mesnil en 2018 : autant de maisons à structurer, harmoniser, sublimer.
Éclat, longévité et élégance
En 2023, l’Opéra de Massy célèbre ses 30 ans sous sa présidence, toujours exercée avec ce mélange rare de rigueur et d’intuition.
Le 6 novembre 2025, à Arcachon, il fête ses 80 ans — un anniversaire aux reflets doux, marqué par une carrière cousue main, où chaque scène, chaque tournée, chaque lieu a été traité comme une pièce d’exception.
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